samedi 5 avril 2014

Dans le vide



La première personne à qui je l'ai dit, c'est à mon garagiste. Il semblait heureux pour moi et s'est mis, du coup, à me couvrir de bienveillances. J'étais devenu fragile comme un oeuf. L'aveu nous rend, en deux secondes, plus important. Le contenu de cet aveu, il s'agit de le perdre pour se rendre compte de la magie qu'il contient. Une fois l'avoir perdu, tout se recouvre du même verni rudimentaire que jadis : une patine pâlotte. On génère la clarté du vide. On se roule en boule de son côté du lit et on ne pense à rien.


Je vous donne des oeufs. 
L'oeuf en sa forme ronde Semble au Ciel, 
qui peut tout en ses bras enfermer, 
Le feu, l'air et la terre, et l'humeur de la mer, 
Et sans estre comprins comprend tout en ce monde. 

La taye semble à l'air, et la glère féconde 
Semble à la mer qui fait toutes choses germer : 
L'aubin ressemble au feu qui peut tout animer, 
La coque en pesanteur comme la terre abonde, 
Et le ciel et les oeufs de blancheur sont couvers. 

Je vous donne (en donnant un oeuf) tout l'Univers : 
Divin est le présent, s'il vous est agréable. 
 Mais bien qu'il soit parfait, il ne peut égaler 
Vostre perfection qui n'a point de semblable, 
Dont les Dieux seulement sont dignes de parler.

(Ronsard)