jeudi 5 décembre 2013

Dans le manteau


Dans son manteau de fourrure chaud pis pas en même temps, la cliente à la pharmacie du coin gueulait ce matin à la tête de la caissière visiblement habituée à ce genre d'esbrouffe, vu le quartier, vu la misère qui se tire un rang dans ce bout-ci. Comment veux-tu, tabarnack!, que je paye? Han? Comment veux-tu? J'ai pas une criss de cennes. Comprends osti! C'est pas dur. J'ai pas une cenne pour moé, pis encore ben moins pour toé qui niaise derrière le comptoir de ton osti de pharmacie de marde. Hors d'elle, elle criait en se fouttant bien que la caissière, lorsqu'elle aurait fini son laïus de frustrée de la vie, lui témoigne de la compassion pour son porte-monnaie crevé ou qu'elle lui serve un air de chien battu. Non. Elle faisait du vent. Elle brassait le chaos cul par-dessus tête pour se délivrer des invraisemblances quotidiennes qui collent autant que la poussière au coin des yeux. Une tentative désespérée pour faire comprendre au monde que le monde a pas d'allure, qu'il est peigné tout croche et que ses bottines sont à l'envers. 

Ce soir, fouillez-moi pourquoi, mais c'est à cette femme-là que je pense. Dans le radio, Marjo chante des affaires passées date alors que je ne me doutais même pas qu'elles possédaient un seuil de péremption. Les événements surviennent malgré moi, que je sois d'accord ou non, que je sois prête ou non. Le paysage se paye une ride sur mon compte. Que j'embarque ou pas, il s'en torche ; il continue d'avancer.