dimanche 3 novembre 2013

Dans les bonnes femmes



Sans même lever les yeux du journal, Raymonde suggéra : «On va tu manger un hot-dog à soir pour souper?» Pauline qui se tenait à côté d'elle hocha de la tête. Une moue d'acquiescement accompagnait son geste. Malgré une envie manifeste, elle soupesait la teneur calorique de cette proposition, ce à quoi Raymonde répondit qu'elles n'auraient qu'à décliner la petite liqueur qui venait avec. L'autre parut satisfaite devant le compromis.

Les cloches de l'église juste de l'autre côté de la rue se mirent à sonner. Une mariée étagée de tulle et de satin blanc sortit d'une limousine. Au même moment, un mariage d'oiseaux migrateurs passa au-dessus du clocher. Il y avait un peu de perfection dans l'air, mais les deux bonnes femmes assises près de la fenêtre n'en virent rien. Elles s'entendaient par contre pour dire qu'un mariage en automne n'était pas l'idée du siècle. Tsé, c'est frette pis gris novemb'. L'été, c'est ben plus beau. Franchement. La mariée est toute nue dehors, les épaules à l'air. Des plans pour attraper son coup de mort. 

Après avoir vidé la question des saisons mariables, elles continuèrent de plancher sur leur mot-croisé qu'elle avait entamé ensemble. L'une d'elles commença à fredonner la chanson des Everly Brothers qui jouait en trame de fond. Dream, dream, dream, oh drea-ea-eammm. Et c'est ainsi que se passait ce samedi après-midi. Au café du coin, flottait, bienfaisante et graisseuse, la promesse d'un hot-dog steamé autour duquel s'attableraient, plus tard en soirée, Raymonde et Pauline.