mercredi 16 octobre 2013

Dans les chaises vides


La tête m'a fait rien qu'un rond. Mes cheveux ont été propulsés vers l'avant. Les essuies-glace se sont actionnés par mégarde. Le temps de me dire "Tabarnack!" et ça y était. Puis, la surprise s'est déplacée, le choc ne se produisant pas à l'avant, mais à l'arrière. Une tamponnade. Une collision multiple. Les essuies-glace se sont mis à danser pour aucune raison. J'ai pensé aux sacs gonflables. Mais ni ma pensée ni l'impact n'ont été assez forts pour les déclencher. Heureusement.

Lorsque le bitume s'allonge et que les paysages éclaboussent les fenêtres de la voiture, je deviens systématiquement reconnaissante et téméraire à la fois. Reconnaissante parce que je dresse la liste des satisfactions et je constate les chances une à une. Mon horoscope dirait ça autrement : "Mars en scorpion, Uranus en gémeau, la lune vous est favorable. La fortune vous sourit. Grande chance en amour. Au travail, vous relevez tous les défis et on vous le rend bien." Téméraire parce que je gosse dans mes CD, je tiens l'allume-feu qui, sinon, rebondit dans le fond du char et risque de brûler le tapis, je change de voie un peu brusquement. Puis, la sagesse embarque. Le bolo se calme de lui-même. Après tout, faudrait pas mourir aussi connement. Je dis mourir, mais ce pourrait être pire. On s'entend.

Pour être franche, le soir où je roulais sur la 20 et que rendue à la sortie du pont j'ai été impliquée dans un petit accident bête comme chou, que la tête m'a fait rien qu'un rond, que les essuies-glace ont été actionnés sans raison, je n'ai pas eu le temps de penser à grand chose. J'ai juste eu le temps de me dire "Tabarnack!" et c'est tout. J'aurais eu des tonnes de belles images à faire défiler devant mes yeux. Pantoute. C'était vide comme la fin, comme le grand rien, comme un sofa abandonné sur lequel on peut lire, à cause du cerne creux dessiné dans le coussin, qu'un vieillard obèse y a enfoncé ses fesses vaseuses pendant de trop longues années. C'était l'absence, le vide comme une chaise seule sur laquelle on devine qu'un jour, une fillette s'est hissée pour manger un popsicle au raisin. Il n'y a pas de déception devant ce rien. Au contraire, cela confirme une idée déjà bien ancrée qui s'apparente à la contingence. Les illusions ne se bercent guère. Or, il me reste encore quelques refus catégoriques et la fin en fait partie.