vendredi 20 septembre 2013

Dans le métal grinçant


La nuit je mens
Je prends des trains à travers la plaine
(Bashung)


Il y a de la tristesse dans les trains. Ils créent des peurs qui s'agrippent au sillon de ferraille derrière eux. Les trains me ramènent aux gares, au non-lieu et à toutes sortes de tristesse. Je t'avais dit que je viendrais. Sur le banc de bois, dehors, sous le demi-toit de la gare, j'attendais en fumant. Quelque part, sur une voie ferrée, tu avançais patiemment dans un wagon au bruit de fer. Ta douleur à toi se délayait dans l'espace restreint de ton siège. Une petite blessure accoudée à la fenêtre. Tu en étais à te résigner : il ne lui restait que quelques jours à vivre. Sur le banc, je t'attendais en me refusant de penser à la fin. Ce n'était pas ma mère à moi. Il me paraissait déplacé d'être assommée à ce point. Ta peine t'appartenait. Puis, le passage à niveau s'est mis à tinter et les carillons de Noël se sont agités dans mes oreilles. On était loin d'être en hiver. Toutes formes de fêtes semblaient s'effondrer dès que l'une d'elles se dressait devant nous. N'empêche, le son d'avertissement annonçant la venue prochaine d'un train me rappelait faussement Noël. 

Il est vrai qu'une sorte d'allégresse s'amenait doucement, au même rythme que le train. Tu arrivais à la gare. Je pourrais enfin te serrer un peu, la seule chose que je pouvais faire parce que la connerie de mes paroles me sautaient à la gorge chaque fois que j'osais prononcer une phrase. Tu as descendu les marches avec une mine de gars brisé refusant réconfort et commisération. La tragédie était rembarrée, ses ressorts et ses scandales aussi. Quelques minutes nous étaient accordées avant que le train ne reparte. L'agent de bord scandait le temps restant avant qu'il ne redémarre. On s'est embrassés, on s'est serrés, mais pas trop, on a discuté des formalités du voyage. Puis, tu es monté dans le train. C'était le début de la fin. Tu es parti droit devant, supporté par des kilomètres de métal grinçant. Il y aurait de la tristesse tout le long du chemin et derrière aussi. Il y en a toujours aujourd'hui.