dimanche 12 mai 2013

Dans les fins heureuses (vs John Travolta dans la poubelle)



En allant courir, j'ai aperçu dans les poubelles d'un de mes voisins un laminé de John Travolta. Comment réfréner un sourire? La vie est conne et douce. En allant courir, j'ai aussi trouvé où me ravitailler en lilas. Près de la track de chemin de fer, il y a un arbre qui est là, libre de toute clôture et tout propriétaire. J'en ai profité pour ramasser quelques branches que j'ai déposées avec les roses qui étaient déjà sur la table. Les lilas sont rassurants parce qu'ils reviennent à chaque année. Cela signifie aussi que je suis là, encore une fois, pour les cueillir et les renifler jusqu'à leur faire perdre leur couleur. Je sais que c'est une chance.

Je me rends compte que je n'ai pas fini de penser à Vickie Gendreau. Depuis hier, son absence m'habite. En entrevue, elle présente Testament comme un legs sincère qui comprend des aveux sur sa vie, sur les autres de son entourage. Elle précise au passage que ses amours sont à sens unique. La réciprocité, elle ne connaît pas. 

J'ai une empathie monstrueuse pour les mal-aimés et les amoureux éconduits. Alors, lorsque Vickie Gendreau a raconté en entrevue que ses histoires d'amour ont toujours été une suite de déceptions, je n'ai pu que me sentir interpellée. Ajoutons à cela le fait qu'elle n'ait pas vécu assez longtemps pour rencontrer un lover de sa trempe. C'est cruel. Indigeste. On ne peut pas mettre de l'ordre et de l'harmonie là-dedans. La volonté n'entre pas en ligne de compte. Il n'y a proprement rien à crisser pour accéder à des amours heureux. Il faut que tu attendes que ça te pète en pleine face, que ça t'arrache à l'évidence et au cynisme. 

J'aimerais ça rassembler les témoignages des gens de mon entourage à ce sujet. Tomber sur la personne qui vous chavire de bas en haut, qui vous remet sur la bonne track, qui vous donne envie d'écouter des chansons jusque-là oubliées, qui vous amène à déménager, c'est digne de mention. Les gens heureux n'ont pas d'histoire, d'après le titre d'un recueil de nouvelles de Nadine Bismuth, mais je n'y crois pas. En fait, les récits qui finissent mal me semblent cliché : il rentre dans un mur avec son char en allant lui avouer des «Je t'aime», elle le quitte pour son meilleur ami, ils se séparent parce qu'il part avec la gardienne. Les fins heureuses sont à investir plus sérieusement. Je m'y propose. On ne peut pas toujours garrocher des fins tragiques comme on lance un laminé de John Travolta à la poubelle. Je refuse.