mardi 7 mai 2013

Dans la nuit sans sommeil

J'ai les deux yeux dans la graisse de bine. La session va finir par m'achever avant qu'elle ne s'achève elle-même. En même temps, ce n'est pas tellement le travail qui m'a empêchée de dormir la nuit dernière. Soyons honnête. C'est plutôt parce que mon coeur faisait des embardées continuelles comme si le plancher était coulant soudainement. En fait, ce n'est pas exactement mon coeur qui m'éloignait du sommeil. C'est plutôt le capharnaüm au creux de mon estomac qui beuglait à tue-tête des mots qui sonnaient pareil à des « Je t'aime ». À vrai dire, c'est mon corps de bas en haut qui était coincé dans le bruit lancinant de l'ennui. Me revenaient des images de sueur et de lèvres humides, des odeurs de cigarettes et de lune froide, des saveurs de Richard Desjardins et de guitare affalée dans le fond du divan. J'avais la synesthésie au front, plaquée là comme une longue fièvre. Pas moyen de dormir quand tu me parles lentement et quand tu te glisses au centre de mes désirs, que tu cueilles un par un.