samedi 11 mai 2013

Dans la finalité


Vickie Gendreau est morte. On dirait que je n'en reviens pas. Je n'ai jamais lu ce qu'elle a écrit. J'ai ramassé des bribes par-ci, par-là. Ça me plaît, mais j'entends Josée Yvon en arrière et ça me tracasse. Je préfère toujours l'original à ses déclinaisons. Les reprises de Gainsbourg, notamment : pas capable. C'est dur comme constat. Mais je suis parfois sans nuance. En même temps, on ne lit pas tout, tout le temps dans la vie. Il faut choisir. N'empêche qu'elle est morte et que je capote. La maladie a viré sa vie à l'envers. Physiquement, elle est devenue une autre. Une telle échéance donne la trouille solide. On est là, dans nos vies, à faire comme si on est éternel, convaincu d'avoir droit au bonheur. Mais la justice n'existe pas. La mort et la maladie nous attendent tous dans le détour à quelque part. Et comme tout va bien en ce moment, cette crainte que tout bascule est encore pire à supporter. En une semaine, une de mes étudiantes a eu un accident et une autre doit affronter le cancer d'un proche. Et ça, c'est ce qui s'est rendu à mes oreilles. Le reste, je n'ose imaginer. Ça ne sert à rien non plus d'être fataliste. Ma mère, par exemple, se vide le coeur à chaque fois qu'elle me parle au téléphone : tu sais pas qui qui a le Parkinson? tu sais pas que ta tante Paulette vient de perdre son mari? tu sais pas que les Simard, leur maison a pris en feu? Tapisser les murs de mon esprit avec les malheurs de tous ne fait pas de moi une personne plus emphatique ou plus sensible. À la limite, ça fait de moi une personne angoissée et la peur est stérile. Il n'y a pas que des horreurs en ce monde. Il est vrai que le bonheur est toutefois à prendre avec des pincettes. Il est susceptible, le petit. Alors, je souhaite qu'il m'épargne un peu, au moins cet été, et que je puisse me baigner dans ses bras. Pour une fois que l'amour ne fait pas faux bond. Pour une fois que tu m'aimes. Je sais bien : tout ça est égoïste.