vendredi 31 mai 2013

Dans la chance


en l'année quelconque quèque
sous le regard encadré du poète
un beau poisson bleu
caresse les cuisses lisses d'anne hébert :
elle devient connue pour ses robes colorées et
cloîtrées
on la voit de temps 
en temps sur les
couvertures de paris-match
(Patrice Desbiens)

L'air est moite et la courgette huppée -- ou un autre oiseau, que sais-je -- crie au meurtre dans le trou de la sécheuse. Elle est à deux doigts de pondre ses oeufs, ce pourquoi, je crois, elle beugle à tue-tête. Son cri est comparable à celui qui s'époumone en silence dans ma tête depuis quelques heures. La correction est terminée et une musique de triomphe joue dans mes oreilles, quelque chose qui ressemble à une chanson d'Edward Sharpe and The Magnetic Zeros. Sans compter que le vent avec sa gueule de fauve charrie des quantités effroyables de chimères et d'effleurements. Il faut le dire: j'habite le monde différemment. C'est une chance. Plus moyen de s'apitoyer sur les échecs de Calamity Jane.

Hier, dans la salle à écouter les Soeurs Boulay, il y avait des sourires et des lèvres enjouées, malgré les ballades de coeur paumé chantées par les filles. Tandis que les paroles des pièces me traversaient de bord en bord, je me suis rendue compte qu'elles ne m'atteignaient plus de la même manière qu'avant. Avant, c'était avant, quand les chansons tristes me parlaient directement dans le trou béant de mon petit coeur brisé-collé un peu tout le temps. Dorénavant, il y a de grandes eaux tendres. Au-dessus, se hissent des yeux coulants où je peux me reposer et me répandre. Une langueur peu commune, une joie profonde comme les fosses dans le Saint-Laurent.