lundi 1 avril 2013

Dans le dimanche de Pâques


D'habitude, à Pâques, la tradition veut que l'on attende la marée basse, mettons vers 3 heures, pour aller cueillir des moules dans la glaise grise et glacée du fleuve. Mais asteure, on n'a plus le droit. La loi interdit dorénavant de ramasser des coquillages pour la simple et bonne raison que le fleuve est pollué. On pourrait gober une toxine paralysante ou de l'acide domoïque. Et comme on n'est pas si rought and tought, on n'aime mieux pas se risquer. Ma mère dit que l'oignon peut être un bon indicateur de la qualité des moules. Dans une grande marmite, il suffit de plonger les moules accompagnées d'un oignon complet. Si l'oignon change de couleur et devient sombre (genre noir), c'est signe que la cueillette n'est pas saine. Toujours est-il que malgré le truc de l'oignon et même si tout le monde était ben accoutumé à cette tradition, ça fait une petite éternité qu'on n'est pas allés aux moules. 

Pour l'occasion, on chaussait de grandes bottes de pluie et on enfilait des gants de vaisselle par-dessus une paire de gants d'hiver. On était une gang, les deux pieds dans la bouette, courbés, à la recherche de petites coquilles bleutées qu'il fallait extraire de la glaise. Quand la grosse chaudière en plastique était pleine, on revenait à la maison. Après, on lançait le tout dans une immense marmite, en ayant séparé les bonnes moules (celles qui restaient fermées même après qu'on les ait frappées les unes contre les autres) des mauvaises (les ouvertes). La cuisson terminée, on s'agglutinait autour du poêle et on engouffrait des tonnes de moules que l'on rehaussait de peu : soit du sel ou du vinaigre blanc. Des fois, on trouvait même des perles (des roses, des blanches, des bleues) et on manquait se péter une dent en croquant dans la chair caoutchouteuse. Moi, les perles -- comme mes dents d'ailleurs --, je les gardais et les mettais dans un pot de pilules. 

Toujours est-il que cette année, j'ai busté la tradition ben raide. Pas de cueillette de moules, pas de cabane à sucre, ni d'eau de Pâques, ni d'écorce de bouleau dans mon porte-feuille. Je suis restée sagement dans la plaine à corriger des copies, à analyser Bonjour tristesse, à manger du pouding chômeur avec les copains. L'an prochain, peut-être.