vendredi 12 avril 2013

Dans la couleur no 34



Les deux mains dans la face, t'as l'air pas mal découragée, ma vieille. Assise sur le divan, la bière toute proche. En fait, tu regardes à travers les trous de tes doigts et ce que tu vois ne ressemble pas au bon chemin, celui qu'on appelle candidement « la simplicité ». Le mauvais chemin, ce n'est pas comme si tu n'avais jamais essayé. Ce n'est pas comme si c'était une vieille mode de y a dix ans. Ton affaire est presque aussi passée date que les 301, les padgets et les New Kids On The Block. Tu te dis tellement de phrases dans ta tête, des phrases qui servent à te rabrouer d'être aussi fucked up. Mais ce discours aussi est monnaie courante par chez vous. Tu n'aurais pas dû lire autant. La faille doit venir de quelque part. Si la faute n'est pas celle des livres, c'est celle de qui alors? Pas grave, tu t'essaies à la légèreté du printemps. Tu desserres les doigts et extirpes ta face de dans tes mains. Tu te lèves et sors renifler l'air de la rue. Tu danses en marchant sur les trottoirs. Ta robe, tu l'as enfilée pour l'homme invisible. Il n'est pas trop là en vrai, mais c'est pas grave, parce que c'est juste à ça que tu penses quand tu ouvres la porte du garde-robe. La porte de la douche. La porte du four. La porte de l'appartement. Toutes ces portes donnent sur un grand rien bien chaud qui donne envie de rire et de crier en même temps. Oh que c'est beau pis pas en même temps, l'asti de printemps.