samedi 16 mars 2013

Dans les chevreuils


Le ciel est étagé de couleurs comme s'il enroulait des saveurs (goût de bleu, goût de blanc, goût de rose) sur un bâton de popsicle. Si j'étais game, je le lécherais à m'en geler la langue et l'esprit. Mais je ne le suis pas. Je ne suis pas game de dire jamais, toujours, absolument. Ce sont des mots-paysage qui renferment, parce que trop grands, des désordres mathématiques. La seule logique à laquelle je peux me soumettre, ce sont les additions. Dans le char en montant, j'ai compté vingt-sept chevreuils sur le bord de la route. Tu en aurais sûrement tuer quelques-un. Leurs yeux mouillés ne t'émeuvent guère. Leur fourrure délicate, plus pâle autour des oreilles, ne t'arrête pas non plus.

Les gars, dans le char à l'avant, s'en allaient faire un spectacle de hip-hop. En arrière, je restais sage et silencieuse et j'écoutais mon petit country de circonstance. Il fait bon de rentrer à la maison, même lorsque cela signifie qu'il faut abandonner les autres reliefs et les eaux glacées du Saint-Laurent.