mardi 26 mars 2013

Dans les 86 années

Hier, c'était l'anniversaire de Mme Tremblay. Elle est née un 25 mars, en 1927, un an après ma grand-mère. Je lui ai donc téléphonée à défaut de pouvoir être près d'elle, de pouvoir la visiter, de pouvoir lui donner des fleurs. Lorsqu'elle a répondu, elle a été surprise et moi aussi. Elle, de me savoir au bout du fil. D'habitude, on fait ça face-à-face. Moi, de l'entendre pratiquement inaudible. Sa prononciation ramollit un peu plus chaque jour. Mme Tremblay est atteinte de la SLA.

Elle, qui se démarquait pour sa  sa vivacité, se retrouve lentement prisonnière de son corps. Elle n'a pas d'enfants, mais un mari qui s'apparente à un grand bébé de 70 ans. Toujours sur la trotte, elle, qui aimait taquiner la truite, qui connaissait le 500, le poker, le canasta, la dame de pique et recevoir finement à souper à coup de cinq ou six services, passe maintenant ses grandes journées à fixer la porte-patio, à manger de la bouffe passée dans le blender, à faire des mots cachés. Les cartes, elle ne peut plus les serrer entre ses mains comme avant. Tout ce qu'elle prend retombe aussi vite, sous la faiblesse de son empoignure. Elle galipotte encore un brin, le centre de jour et le casino demeurant les deux seuls lieux qu'elle visitent de temps en temps. Quand je l'ai appelée pour sa fête, elle me racontait qu'on avait organisé une partie de sucre la semaine passée au centre justement. Il y avait des bonnes affaires à manger, qu'elle m'a dit. Mais elle s'est contentée de regarder. Sinon, elle se serait étouffée. Même avec de la tire? Même avec de la tire. Le sucre la fait trop saliver et elle perd le souffle du coup. Ça me fait toujours de la peine de la voir, de lui parler. Elle me dit souvent qu'elle m'aime. Je lui réponds que moi avec, je l'aime, mais je lui dis jamais que j'ai, à tout bout de champ, peur qu'elle s'en aille.