lundi 4 mars 2013

Dans le chemin


Ça arrive de temps en temps : le train bloque l'avenue centrale et on reste, comme des eaux stagnantes, figés, debout de chaque côté des wagons qui défilent. Mouvement infini et grincements, lumières rouges qui clignotent en alternance. Je fixe la parade métallique. Il neigeaille et je mange du fromage sur le trottoir. Allez savoir pourquoi, mais il me semble plus stupide d'attendre la fin du train à pied qu'en voiture. Ma liberté de piétonne s'annule gravement en ces temps-là. J'en profite pour me dandiner, regarder la neige tombasser et continuer à grignoter ma collation tardive. Allez savoir pourquoi mais rendue à ma centième copie, je ne suis pas encore écoeurée de corriger. Allez savoir pourquoi le nouvel arrivant dans le quartier, celui qui habite dans une des anciennes boutiques converties en appartement (courant, ici, cette métamorphose immobilière), me fascine. Il possède une giga télé comme celle qu'on a vue en fin de semaine au Pawn Shop sur la 3e Avenue. Il a aussi accroché sur un mur un calendrier de « tetons-tout-nus », allitération du cru de mon père. Des filles d'une a utre époque avec des immenses cheveux, des costumes de bain échancrés jusqu'à l'estomac, des filles éjarrées sur des motos pis des capots de char. Des calendriers de garage comme ceux de mononc' Rémi. Allez savoir comment j'ai fait pour observer tout ça en un battement de paupière. Allez savoir pourquoi ça me rassure d'être entourée de vieux. Avec eux, on peut parler de rien et c'est parfait. La dame de l'autobus ce matin, nous avons à peine échangé huit mots avant de s'asseoir. Mais il ne nous en fallait pas davantage pour se saluer et se sourire, avec une sincérité digne de Soeur Angèle, à la fin de notre trajet. La courtoisie, c'est le petit feu sur le bord duquel je me chauffe l'hiver.