mardi 5 février 2013

Dans l'eux

Faudrait que je dorme. Mais je pense à eux. 

Il y a ces filles, entre autres, qui chantent dans les corridors, pendant les pauses. Elles font des harmonies et cherchent des notes. Tu vois? C'est là que ça bloque. Écoute : AhhhAHHHahhhh. Il y en avait tout à l'heure qui fredonnait dans l'autobus. J'ai retiré mes écouteurs et je les ai épiées. Elles répétaient : Mea culpaaaaaaaaa. Elles parlaient de mi bémol et je pigeais que dalle. Je suis toujours aussi impressionnée de savoir qu'ils sont capables de faire des dictées musicales. Ils m'impressionnent un peu tout le temps en fait. Tout à l'heure, j'en avais un qui plissait le front en lisant un extrait de texte. Il cherchait. Ça fait trois fois qu'il reprend le cours, si c'est pas quatre. Et il est là, présent, les yeux partis en chasse, qui se fraient un chemin à travers les lignes. Les lignes noires deviennent des signes, puis des mots, puis des phrases.

Ils m'impressionnent. Ils disent bye en sortant. Ils font leur devoir, les lectures, les exercices. Ils posent des questions. Ils se demandent ce que signifie le mot «bassesse», mot qui me vient sûrement de mes études universitaires, et rigolent quand ils entendent des jokes de bacon. Je leur explique ce que sont des quenottes et pourquoi c'est important dans l'histoire. L'Origine du monde, c'est de la petite bière pour eux. Ils ne tiquent même pas. Ils me parlent de récits norvégiens et s'inquiètent pour le prochain examen qui aura lieu dans deux semaines. 

Je suis écroulée dans mon sofa, un rhum épicé dans une main et un pot de Vicks dans l'autre. J'ai un ganglion gros comme un 2 piasses sous l'oreille. Faudrait que je dorme. Mais je pense à eux.