dimanche 3 février 2013

Dans le lavage de la semaine

La buanderie du coin est tellement scrap qu'elle n'est même plus vintage. Elle est juste scrap, finie, paumée. Les machines jaune or dégoulinent de rouille. La distributrice à savon est vide depuis 1986 et les chaises ont été massacrées par les multiples paires de fesses qu'elles ont vu défiler. Pas moyen de faire du change non plus. J'y ai d'ailleurs taché un pantalon avec de l'eau de javel qui sortait de je-ne-sais-où.

Qu'à cela ne tienne, le soleil tapait dans la vitrine et je m'y suis fait dorer la couenne. J'avais à relire une nouvelle pour l'enseigner le lendemain. Les bonhommes me regardaient d'un drôle d'air. Je fittais pas dans le décor, faut croire. Il y avait un gars avec des grosses poches d'armée. Son chien l'attendait dans l'auto stationnée dehors, la tête sortie, jappant à la gueule des passants. Il y avait un autre monsieur, le regard perdu dans le vide, qui se tenait drette comme un piquette devant sa machine. Et il y en avait un autre, avec un Red Bull à la main, qui défaisait ses sacs bourrés de linges. Juste des vêtements blancs. À voir la grosseur de leurs brassées à eux, je trouvais quasiment que mon lavage des trois dernières semaines faisait pitié à côté.