mercredi 6 février 2013

Dans la piscine de Barbie



Ma mère me demandait, hier, si j'avais de tes nouvelles. J'ai répondu la vérité : non, rien. Elle était un peu découragée. Pour elle, ça voulait dire que t'étais bête en viande à chien. En déposant le téléphone, je me suis rendue compte que sa réaction m'étonnait. Pourquoi aurais-je été censée avoir de tes nouvelles?

Incapable de trouver, je cherche encore la pertinence de savoir ce que tu fais, à quelle heure tu rentres, avec qui, comment tu te sens. Je t'imagine continuer au naturel comme après qu'une mouche soit atterrie sur ta main puis repartie aussitôt. Un non-événement. Un creux de vague dans une piscine de Barbie. Une affaire de rien. Tu ne dois même pas penser à mes yeux grands comme des chassis doubles, à mes bras qui tombent de chaque côté de ce corps que tu tentes de serrer faussement contre le tien. 

Dire que, ce soir-là, tu m'avais invitée à manger des chips. J'étais pognée entre deux boîtes tapées ben dur et je m'étais élancée comme une furie sur les trottoirs enneigés. Pour manger des chips osti. Juste avant, j'avais demandé à Anne-Marie, collée sur le frigo depuis un an déjà, de me protéger contre les intempéries. Mais je ne suis plus trop sûre que c'est une bonne idée, asteure que j'y pense, que de lui adresser ce genre de souhait à elle. Elle s'est métamorphosée en une déesse des amours mortes. Elle l'a crié quand elle s'en est allée, un soir frette et noir de janvier. De l'amour coincé tout le tour de la gorge... pauvre Anne-Marie. Quand on était petites, elle avait d'ailleurs une super piscine de Barbie. On pesait sur un bouton et il y avait des bulles qui sortaient. C'était peut-être un spa finalement.