dimanche 27 janvier 2013

Dans le co-voiturage



Les voyages en auto avec des inconnus, précisément, ont le don de consoler. Le ronron du moteur, la gentillesse, la chaufferette dans le piton, le concept de co-voiturage. Pas trop le choix de sortir de sa tête, de faire la conversation. Tu étudies? Ah ouais? Port-Cartier? Mmm... Combien d'heures pour faire Montréal-Port-Cartier? Ah, c'est long! Moi? Ouais, pour travailler. J'aime ça, oui. En appartement. Non, j'y vais à pied. 20 minutes à peu près. C'est quand même gros. 2000 étudiants environ.  C'est pas tellement que j'étais triste en rentrant dans l'auto. L'autobus, dire bye comme si j'allais toujours revenir, les moitiés de journée, les installations au 45, les levés de soleil sur la 20, un moment donné, ces choses s'accumulent. Ça monte en neige et ça ne redescend plus. Tu prends un thé et un petit cri se dresse dans ta gorge. En fait, oui, j'étais un peu triste. Mais je ne savais pas pourquoi. Logiquement, ça pouvait s'expliquer : la fin de semaine qui prend fin, l'urticaire des premiers cours pas encore finis de monter, la 7, ta rue, ton épicerie, ton arrêt, tes pas invisibles, tes messages invisibles, tes farces plates invisibles, la distance, toutes les fois où j'ai levé le nez sur un avenir cotonneux en planches de bois durs (du merisier ou autres essences incassables). J'y pense et je le nie en même temps: il y a de la tristesse dans les échecs. Et tous, ils finissent par tapisser les murs de la ville. Ils contribuent à la saturation des lieux. Revoir sans cesse les visages de la défaite, de l'absence, du manque, c'est éprouvant et chiant à la longue.