vendredi 25 janvier 2013

Dans la dé-confiture


Je ne lui ai rien prêté. Un sourire, peut-être. Gros max. Quand j'ouvre mon frigo, il y a ses confitures, mais c'est tout. Ce sont les seules choses que j'ai de lui. Elles sont périssables, contrairement à un livre, par exemple. J'ai la fâcheuse habitude de prêter des livres. Après, quand tout fout le camp, je suis pognée pour réclamer mon dû. Le livre se change alors en boulet. Je le traîne dans ma tête comme un restant d'histoire qui peine à s'achever, qui redoute de crever. Cette fois-ci, pas de livre. Juste des confitures. D'ailleurs, elles me paraissent gentilles, inoffensives. Elles m'appartiennent. Je conserve aussi tes « u-ui » (oui), ton risotto, tes cheveux trop beaux pour être recouverts d'une tuque. Et c'est tout. Je ne pense pas beaucoup. Les étudiants tapissent tous les murs ou presque. Et ça me rappelle ces mots d'une matante attentionnée : «On travaille, on travaille et un moment donné, on se réveille un jour, seul.» Ta peu, la grande. Être concentré, ce n'est pas être seul. Pousse, mais pousse égal. Pis être seul ne  signifie pas roulé en boule dans le coin à égrainer ses regrets. Pour finir, on ne se réveille pas un jour. On se réveille un peu tout le temps, de jour en jour, mais surtout pas une seule et unique fois, fatalement, dans quarante ans.