lundi 10 décembre 2012

Dans le neuf



Il neigeait sur la 20 quand je suis partie, juste après avoir ramassé les vides, les cendriers et les vieilles sandwichs qui traînaient sur la table. Je pensais être bonne pour conduire, mais avec la neige et mes quelques heures de sommeil, augmentées par un mal d'estomac de trop de scotch, j'ai dû me rendre à l'évidence : j'étais scrap. Je me suis donc rangée sur la droite. J'ai fermé la clé du char, incliné le siège, descendu ma tuque sur les yeux et j'ai dormi une heure, accotée sur le bord de la 20. Après, j'étais une femme neuve.

Doucement et sans résistance, les priorités sont revenues se loger une à une dans ma tête, pêle-mêle : appeler les assurances, parler à mon proprio, donner rendez-vous à ma soeur pour le spectacle en soirée, payer mon ticket, préparer mon cours de 102 pour l'hiver, corriger. Ma session achevée, j'avais le sentiment du devoir accompli et une excitation sans pareil à l'idée de tout recommencer dans un mois avec des nouvelles faces, des tonnes et des tonnes de nouvelles faces. J'essayais de me convaincre -- et j'y parvenais -- qu'ils a-do-re-raient Maupassant, Anna de N. et Toussaint. Et puis, je savais qu'au retour, ce serait différent : j'habiterais la plaine officiellement. L'idée me plaisait bien, comme s'il s'agissait d'une rencontre bourrée à craquer d'espérances et de désirs, presque aussi séduisante que l'attente du premier french. Presque. Les deux se comparent difficilement, mais je m'en fouts. Il y a du vide et du vertige dans chacune, ça me suffit pour lier les deux situations d'autant plus que les deux se chevauchent presque. Le neuf, celui qui marche dans le sens du monde, rend heureux, savant et tranquille.

Noël est capable d'en faire autant, je crois. D'ailleurs, j'y pense : ma mère, à cette heure, doit être en train de brasser le sucre à la crème d'une main et de remplir des pâtés à la viande de l'autre.