dimanche 30 décembre 2012

Dans la forteresse


En sortant, il a tenu à me mettre en garde : Tention aux rafales dans le chemin. J'étais pas trop sûre de saisir la mise en garde, mais j'ai vite compris. À divers endroits, des dunes blanches striaient la route baignée de nuit. La conduite en devenait périlleuse et inquiétante. À tel point que je me sentais petite derrière le volant. Il arrive souvent à mon père de connaître les obstacles et particularités que produisent la nature avant même que j'aie le temps de dire "chaloupe". Peut-être a-t-il un don. Il possède à tout le moins une connaissance physique et palpable du monde, une compréhension sensible du dehors qui lui vient avec évidence. Ce n'est pas un tour de force. Au contraire. Les prévisions s'amènent naturellement et montent en lui avec la même simplicité que met la lune, ce soir, à shiner dans le ciel indigo. C'est facile. Comme les sourires de Madou. Faciles et naturels.

En passant la porte, je me suis rendue compte que je n'avais pas vraiment envie de partir. J'aurais préféré rester là, avec eux, autour de la table, à étirer le souper en longueur, à rire, à jouer au Yum et au Hamburger. Dans le temps des fêtes, je construis une sorte de forteresse autour de moi dans laquelle ne peut s'introduire que les membres de ma famille. Les autres attendront, que je me dis. Les autres, je les privilégie tout le reste de l'année. Même en recréant cette forteresse à chaque Noël, ma mère trouve encore que je ne suis pas assez présente. C'est dire...