mercredi 7 novembre 2012

Dans les carcasses de velours

Dans une autre vie
Je pense que j'étais un dix-huit roues
Je buvais du gaz pis je mangeais des clous
Bernard Adamus

Il n'y a rien qui m'écoeure plus qu'un raisin mou. Je ne pensais jamais en venir à de telles considérations, aussi drastiques, aussi spirituellement nulles. Non pas que je sois particulièrement spirituelle le reste du temps... Non. C'est qu'il y a pire qu'un raisin mou. Il y a les décès, par exemple. Il y a les décès et les moulins à vent qui se dressent tout le long de la plaine. Les vents sont longs et puissants dans la plaine, longs comme des mitraillettes roses et mauves. Il y en a partout, ici, des ciels couleur de mitraillette. Mon oeil se desserre un peu chaque fois, prêt à rouler par terre, aussitôt qu'un de ces ciels raturent les grisailles de novembre, le matin de bonne heure ou à la brunante. Le bureau est parfait pour ça d'ailleurs ; les ciels de mitraillette montent et descendent des fenêtres à ces heures exactes où je niaise sur ma chaise. Niaisage reposant pour mieux repartir ensuite me battre contre des moulins à vent de 17 ans. Faut-il encore être vif et les attraper par le collet quand il traverse le corridor et les ramener par la peau du cou. Carcasses de velours sur épaule qui tremble. Tu finis par oublier pourquoi tu voulais tendre un collet, au tout début de cette histoire. Tu te surprends à parler de mécanique automobile et à sourire, à faire des «Bravo-Bravo». Un moulin à vent de 17 ans, c'est plein de trous pis de silence. Ça connaît Dans une galaxie près de chez vous pis Fred Pellerin, mais pas Watatatow ni Bernard Adamus. Ça aime le métal pis le blues, mais ça chie sur Occupation double pis sur Marie-Mai. Asteure qu'on est au courant, reste plus qu'à marcher par en avant, et à continuer de ramener les belles carcasses de velours oubliées dans chaque racoin.