dimanche 2 septembre 2012

Dans l'extra-Madonna




The Way We Were jouait dans la télévision. Le visage fascinant de Robert Redford avec une constellation sur la joue gauche. Les cheveux frisés et les ongles à la Dolly Parton de Barbara Streisand. Je pleurais comme une madeleine de les voir se serrer, lui refusant de la revoir, elle. Même juste pour un whisky. Comme la fois où mon frère a refusé d'aller prendre un café avec son premier amour, alors qu'il venait de tomber dessus au beau milieu de l'allée des fruits et des légumes. Il ne comprenait pas où ce rendez-vous les mènerait si ce n'est que vers cette antique blessure qui lui ronge parfois encore le flanc même si ça fait dix ans qu'elle l'a crissé-là, un soir de mai, pendant le Festival du papier. Il y a des histoires impossibles à oublier, on dirait. Des histoires qui rendent complètement débiles, voire un peu fous.

Après The Way We Were, les bruits de Madonna sur les plaines ont commencé à pénétrer par la fenêtre. J'ai posé mon oreille contre le moustiquaire de la fenêtre. Pas capable de reconnaître la chanson. Durant la journée, j'étais persuadée de tomber sur elle dans la rue à tout bout de champ. Pantoute. Juste des faces plates, des faces ordinaires de monde plate. J'ai lâché le moustiquaire et je suis retournée à la correspondance de Rémi Ferland avec Denis Vanier et Josée Yvon. Me suis servi un bol de chips, un peu frue de ne pas pouvoir plonger la main dans le sac au complet. J'essaie d'apprendre la mesure. Faut bien commencer à quelque part. Enfin. Je ne comprends pas pourquoi Rémi Ferland donne autant de détails sur des détails de la vie de Denis Vanier (majoritairement) et qu'il escamote tout le côté existentiel de leur situation. Le SIDA, l'alcoolisme, l'opération, la rupture, la jalousie. Un éléphant dans la pièce. De la pudeur j'imagine. Ça me donne terriblement le goût de faire mon propre travail sur Josée Yvon pour l'extraire de l'ombre épaisse de Vanier. Un grand projet. Pour l'instant, je me régale de cette édition rare (200 exemplaires) de leur correspondance avec une petite poignée de chips au vinaigre en guise de réconfort.