mardi 25 septembre 2012

Dans le hood



Mon père, mon frère, Éric. Ils étaient tous d'accord là-dessus samedi soir quand on leur a annoncé, ma mère et moi, que mononcle Jean-Louis avait tué un orignal, un petit, un veau, un bébé. Appelle ça comme tu veux. Nous autres, on se disait : «Coudonc, c'est rapide», mais sans plus. Mon père, lui, était du genre «Ben voyons donc!» Je comprenais pas pantoute. Ya pas de viande après un petit. En plus, tu perds la chance de tuer un buck. Après, ta chasse est finie. C'est ce qu'il m'a expliqué parce que moi, je ne voyais pas le problème dans le fait d'avoir tiré un veau la première journée de la chasse. Il faut une stratégie? Ben quin. Faut s'entendre en partant avec ton partner. R'gôrd moi pis Éric, par exemp'. On se l'ai dit à matin, drette au début : si on voit un petit, on le laisse aller. Yé trop de bonne heure. Un veau, c'est en dernier de toute. Pis encore... 

Je pensais à ça derrière le volant. Chilly Gonzalez pianotait une musique qui sonne comme un sandwich aux chips réconfortant. Comme le fleuve rose et mauve à l'heure du souper, les couleurs de mes huit ans. Je pensais à la chasse, à l'éthique, aux têtes d'orignal rencontrées en chemin sur les hood de pick-up. Il y en aurait sûrement pour être choqués, écoeurés. Ça ne m'énarve pas le poil des jambes deux secondes. C'est aussi banal que mâcher de la gomme ou cligner des yeux. J'ai été élevée là-dedans. Ce qui explique peut-être mon indifférence. Pis pas en même temps. Parce qu'en y réfléchissant bien, je ne peux pas dire que je m'habitue pas à tout. Le fleuve, les vaches, les odeurs de foin, toutes des affaires dont je ne suis pas encore revenues et qui me chavirent à chaque fois que j'arrive dans le haut de la côte. La baie, les petites maisons, le creux des montagnes. Qu'est-ce qu'il y a là-dedans qu'il n'y a pas dans une tête d'orignal parquée sur le hood d'un pick-up?