lundi 10 septembre 2012

Dans la chanson «C'est en revenant de Rigaud»


On est parties tôt mais pas trop, un samedi de septembre qui sonnait comme un jour de pluie. Le ciel était aussi bas que le plafond du char. Une chanson de Niagara jouait, une pis une autre. On est arrêtées à l'intersection de Saint-Lazare et Hudson pour faire le plein de denrées matinales : biscuits, bagels, café, thés. Deux écuyères s'y trouvaient avec des broches de fille de quatorze ans plein les dents. Il y avait aussi un cowboy casqué et un ramassis d'anglos. De toute évidence, on s'approchait de notre destination. La hâte se traçait un chemin moelleux dans notre estomac, trajet plus court que la route elle-même. L'équation est rapide : hâte + cinq heures de route = énervations.

Puis, on est arrivées. On est entrées chez lui en commando, sur la pointe des pieds, un pistolet en doigts chacun. Fallait voir sa face de fru qui ne comprend pas ce que trois folles crissent dans son appartement. La scène avait l'air d'un grand bruit. C'est ce dont je me souviens. La surprise avait vraisemblablement fonctionné. A1. Alors, on s'est garochés dans les pizzas pochettes. On est allés voir l'église portugaise de Vanier. On a rit comme d'habitude: pour rien et beaucoup trop fort. Le karaoké a comblé notre envie de se gaver de paillettes, de riz et de rhum. Ou presque. Si on avait pu chanter «Drinking In L.A.» au moins, mais China China Doll voulait être juste avec tout le monde. Alors, on s'est déchaînés à la table. J'avais la gorge fendue en quatre tellement. Le lendemain, c'était déjà le temps de partir. Fek on s'est lâchées en descendant, lourdes d'une joie indécente.

Au retour, on a fait une pause à Rigaud, cette fois-là. Ravitaillement: magazine à potins, cafés, chips aux cornichons, essence. Des classiques de char. Moins ordinaire fut cette rencontre avec Bernard Adamus qui revenait du FOÉ. Sa tête dépassait d'un bon pied toutes les rangées. J'oublie tout le temps qu'il est aussi grand. Un grand bum avec le sourire blanc, même pas à veille d'être au 45 malgré le lendemain de brosse éternel. Je l'aurais observé bien plus longtemps que je ne l'ai osé, si je n'avais pas eu peur de laisser tomber ma face de pas-déniaisée. Arrivée à la caisse sans trop savoir comment, je me suis vue dans le reflet de la feuille de plastique qui recouvre les gratteux : j'avais le même air taré d'une groupie, le genre qui fait semblant, en vain, de paraître désintéressée, tandis que son visage crie : «Je trippe sur toé!» Le temps que j'ai pris à me rendre compte qu'au fond, je ne voulais rien acheter, mais que c'est une envie d'aller aux toilettes qui m'avait d'abord fait entrer dans la station service Bernard Adamus était sorti et sa gang de musiciens aussi. En quittant la place, on s'est entendues pour dire que Rigaud avait beaucoup plus à offrir qu'une chanson conne avec des bruits de bouche. Rigaud, c'est aussi un piège à grand bum.