samedi 15 septembre 2012

Dans Lola (bête comme ses deux pieds)


Entre chien et loup, l'heure la plus détestable pour conduire. Pourtant, c'est toujours elle que je choisis pour descendre de Drummond. Mes yeux veulent fendre en huit. Pas moyen de se mettre sur les hautes. L'autoroute est bondée. Alors on reste dans la pénombre intimidante qui sépare le jour de la nuit sans pouvoir s'assurer de voir les chevreuils surgir sur la route. Je diminue la vitesse et roule comme un pépé effrayé par les dépassements et les vans.

Juste avant je parcourais les rues du centre-ville pour rejoindre le chemin du golf. Le monde paraissait content. C'était vendredi. Forcément, le monde est heureux dans ce temps-là. Les terrasses étaient animées. Les flots sortaient leur char monté pour faire leur boucan de parade nuptiale. On fait avec ce qu'on a sous la main, ça l'air. La ville me semblait cordiale, ben smath. Je me disais que ça allait bien, que je marchais par en avant et que rien ni personne de fucké n'allait me troubler ici. Une ville d'une beauté virginale. Et puis, sur la 20, j'ai aperçu un fantôme. Une apparition qui me donne envie de donner des coups de pied dans les tibias. C'était mi-vivant, mi-fucké. Ça ne bougeait pas fort derrière le volant, mais pareil. C'était là. Ostie, comme dirait Marc Séguin dans son entrevue dans Le Devoir de ce matin. Ostie, oui. La paix ne se trouve pas sur la 20. Les hasards créent des déséquilibres qui me rendent un peu folle, style Lola dans Chambre en ville : qui gueule, bête comme ses deux pieds, rageuse. Ça ne dure pas longtemps, mais c'est suffisant pour donner envie de clancher la 20 et de frapper tous les chevreuils à portée de char comme si c'était des points bonis. Puis, on lève le volume du système de son. On crie un peu. Deux, trois fingers plus tard, on se calme. On reprend ses idées là où on les avait laissées : évaluations, table ronde, dissertation, analyse littéraire, CCMD, phrase autonome, phrase syntaxique, amener des supports, comment faire rentrer le vélo dans le coffre du char, acheter une petite boîte pour serrer mon savon. Puis, encore un peu plus tard, la nuit se dépose sur la route et recouvre les pare-brises. Comme ça, on ne voit plus rien. Pas même les fantômes qui se camouflent dans l'épaisse fourrure de l'obscurité. C'est sourd et tranquille. Plus de chien. Plus de loup.