samedi 11 août 2012

Dans les contes



Quand elle est entrée, la première chose qu'elle a dite sonnait à peu près comme suit : « Prend ben rien que toé pour t'acheter des fleurs même si t'as pas une cenne. » Elle avait aperçu une fille à pied avec un bouquet un peu plus tôt et ça lui avait fait penser à moi. De les voir là, sur ma table, ne l'a donc pas surprise. C'était aussi normal qu'un dimanche pluvieux ou une veste à carreaux sur le bord d'un feu.

Je lui ai raconté que j'avais vu le fucké à Wikibob au café. Avec un surnom pareil, pas trop le choix d'être weirdo. Trop vieux pour les nénettes de la place, il se concentrait sur son journal mais il espérait quand même en trouver une qui aimerait discuter avec lui d'ébénisterie et d'antiquité.

Je lui ai aussi raconté que j'étais tombée nez à nez avec un spectacle de musique koréenne qui sonnait beaucoup trop aigu. Il y avait aussi de la danse. Une sorte de chorégraphie. Une histoire entre les musiciens je pense. L'un d'entre eux tenait un éventail dans une main et dans l'autre, un sac à dos. C'était koréen alors je n'étais pas totalement surprise de ne rien comprendre. Mais me semblait que la musique, c'était universel comme langage. Enfin...

Je lui ai aussi raconté que les personnes croisées dans les dernières heures lookaient tellement que j'avais l'impression d'assister à une représentation. Comme si à force de looker, ces gens en venaient à perdre leur crédibilité, leur humanité. Tous des mannequins. Tous en parade. Heureusement, il y avait parmi eux, les deux lovers qui se tâtaient la face à bouche que veux-tu. Ils donnaient une texture plus valeureuse à l'après-midi. Parce que ça prend du courage pour s'aimer avec autant de lousse dans le coeur. En tout cas, je ne sais plus trop pourquoi j'en suis venue à lui raconter tout ça. Probablement que j'essayais de penser à autre chose qu'à Émilie Bordeleau. C't'à crère que je pense encore à elle et à la fois où elle m'a fait sacrer à trop vouloir me rendre joyeuse. Maudite Émilie.