vendredi 10 août 2012

Dans le Waterloo

Je me suis rendue compte récemment que mon père aurait aimé être Patrick Normand. Pour vrai. C'est plate de se dire qu'il aurait pu et que finalement, il ne sera jamais. De tels regrets me paraissent indigestes. Tous les regrets, dois-je dire. C'est pourquoi je me paye la traite une fois de temps en temps. C’est pas mêlant, mes 27 ans m’ont foutue la trouille à cause de la sagesse fatale qui t’attend au bout du chemin comme un cul-de-sac où tu vires en rond. Attraction-répulsion. Alors j’ai fait ni un ni deux : me suis lâchée lousse. L’aventure des aventures. Un autre Waterloo. Un Titanic en moins gros mais qui coule aussi à pic. Une affaire qui marche pas dans le sens du monde, qui tourne pas non plus dans le sens des aiguilles d’une montre. Je l'ai fait sans penser au lendemain, sans le pleurnichage et la prudence habituelle (à tout le moins pas pendant). Et je suis pas morte. Faudrait pas en être fière non plus. Ce serait pousser sa luck un peu trop loin. N'empêche... 

 J'empile les semaines comme d'autres enfilent les billes sur un collier; l’une n'attend pas l'autre. Ça donne un rythme régulier, un ronron de chat roulé en boule sur le divan. J'ai fini mon dernier vendredi avec un Scarlet O'Hara. C'était rose-orange, à la hauteur de mes souvenirs. Voilà qu'un autre vendredi s'amène, frisquet et pluvieux. Plus gris que rose. Plus Cat Power que The Mamas and The Papas. Bordel que ça fait du bien. Le soleil ne pouvait pas durer éternellement sinon j'aurais épuisé toutes mes forces. Un moment donné, les mondanités doivent céder le pas au train-train vite-vite-lent du quotidien. Tsé, au fond, je suis contente de mettre des pantalons. C'est moins fatigant que de vivre comme si les nuits et les jours se mélangeaient indistinctement. Blanc bonnet, bonnet blanc. 

Je me dis qu’il faudrait que je lâche un wak au gars qui passe devant le café, celui qui me donne des frissons dans la tête. Il rosine encore dehors. La terrasse de la poterie de Port-au-Persil est tellement plus douce à comparer. Le vent y fait ballotter les plans de haricots et les géraniums. Ma tasse de thé tiédie à vue d'oeil. L’automne s’enfile tout naturellement. Un peu comme on enfile son t-shirt préféré.