vendredi 3 août 2012

Dans le vendredi


La brûlerie est moins chaude que mon appartement, alors j'en profite pour me rafraîchir un peu en niaisant sur internet et en lisant du Josée Yvon. Elle écrit des affaires folles avec des tournures qui sonnent comme une tonne de briques. Des comparaisons qui me parlent : «Elle boit comme un bandit.» Ouais. Exactement. Et elle parvient à inventer des fantasmes qu'elle place soigneusement dans le coeur de femmes improbables : «Ses mâchoires grasses sont tatouées d'une infinité de petites croix, que l'on retrouve aussi sur les jointures. Emma se sent comme un dimanche ou un jour de l'An, le noeud évident dans ses lacets. [...] Elle rêve d'adopter une jeune fille, un peu perdue, rencontrée par hasard». Elle m'impressionne et me trouble à la fois, avec tous ces meurtres et ces viols. Ouch. Heureusement, j'ai de quoi me divertir. Jouquée dans la vitrine du café, je fixe l'en-dehors : un gars avec un pad qui mesure un pied et un chest qui frisotte autant que ses cheveux, le monsieur qui m'a dit l'an passé que je puais, une fille rasée sur le côté (la mode) qui spote ardemment le padé, un roux qui revient de toute évidence de voyage avec un sac gros comme un cinquante livres de patates.

Moi, je les observe de temps en temps, les yeux longs qui pendent sur le trottoir devant le café. Sinon, je pense à mes bagages. Je m'en retourne au chalet pour la fin de semaine (fâ ben trop chaud icitte, même avec un ventilateur de pointé constamment sur mon visage). Quand c'est rendu que le fleuve ne rafraîchit même plus... Quand c'est rendu que tu veux déménager à l'Île-d'Orléan. Quand c'est rendu que t'as envie de te faire tatouer un prénom dans un petit coeur quétaine sur le biceps. Quand c'est rendu que tu veux appeler ta fille Solange pour que tout le monde la surnomme Shirley. Quand c'est rendu que c'est vendredi et que tu as envie d'un Scarlet O'Hara. Quand c'est rendu que tu écoutes en moyenne une ou deux chansons par jour, toujours les mêmes en boucle. Quand c'est rendu que tu fais des pique-nique sur la plage pour profiter d'une fraîcheur qui ne vient jamais. Ça veut dire que t'es ailleurs. Et que les choses doivent changer. Parce qu'au fond, elles ne sont plus les mêmes. Avant tu faisais des prières pour qu'elles arrivent, ces choses-là. Maintenant, elles te mangent la face.