lundi 30 juillet 2012

Dans le sable



Ça fait juste deux semaines. Pourtant, pendant ce temps-là, les champs de blé trop lourds sont passés du vert au jaune. Bam! Durant mon absence, la violette africaine sur le bord de ma fenêtre a fleuri pour la seule et unique fois de son existence. À croire que ma présence l'intimide. J'ai aussi failli tuer le basilic que j'ai reçu à ma fête. Je l'ai noyé sous le robinet dès mon arrivée et ses feuilles se sont remises à gonfler. C'est robuste, ces petites bêtes-là. Je peux pas en dire autant de moi. On dirait que j'ai avalé une poche de thé au complet et qu'elle est restée coincée à la jonction de mes côtes. Une affaire de diaphragme. Et de coeur. 

On est donc sorties hier soir pour faire passer cette indigestion de poche de thé. J'avais envie de voir du monde. De mon âge! En campagne, je faisais rajeunir les murs et je faisais tourner le lait dans le café des senteux de centre-d'achat. C'est d'ailleurs la première chose que j'ai remarqué en arrivant : bordel, les gens sont jeunes ici. Mes vingt-sept printemps se glissent tout naturellement entre les craques de trottoir et les racks à becyques. Alors on est sorties pour voir du monde. Enfin. Et il y en avait. Même si c'était dimanche. Après notre pinte de cidre, je me sentais d'attaque pour une séance d'oubli intensif. Je t'ai dit : «Osti que je me virerais!» Toi aussi, que t'as répondu. Mais on s'est résignées parce qu'on travaillait le lendemain. On a jasé de la réduction des possibles avec l'âge. Chatte! Plus moyen d'être conne en paix. Plus moyen d'être égarée. Plus moyen de se permettre une histoire qui dure trop longtemps avec quelqu'un qui se crisse de toi trop souvent. Plus moyen de faire semblant qu'on connaît rien. Alors, on est rentrées. Résignées. Mais persuadées que ça travaillera tellement mieux demain parce qu'on aura soigneusement évité de se mettre la tête dans le cul. Dans le sable, c'est mieux. Tellement plus chaud.