jeudi 19 juillet 2012

Dans la rêverie


Pastichant Patty O'Green



Les tâches de la journée ayant été expédiées en une matinée (tondre le gazon bourré de fleurs de taon et peinturer les étagères pour la boutique), on avait le reste de la journée de lousse pour aller flâner le long de la 362. C'est notre pèlerinage. On achète des fèves et des tomates en route; on va scèner à la poterie; on s'arrête à la boulangerie de Saint-Jos; on niaise au kiosque de macramé. Rendus au bout du chemin, on se poste sur une terrasse dans le petit centre-ville avec un café. Mais moi, je n'en bois jamais. Quelle mauvaise et improbable universitaire je fais. Au comptoir, juste avant de commander, j'ai lancé en boutade que s'il servait des chaï lattés ici, je déménageais. Je rêvais. Il n'y en a nulle part. C'est rare comme de la marde de pape, comme dirait ma mère. Mais pour une fois, ils en servaient. Tu m'as alors rappelée à l'ordre : une promesse, c'est une promesse. J'ai répondu que je déménagerai. Oui. Ok. Dès que... j'aurais trouvé une job. Je peux toujours espérer.

Plus tard, en soirée, je marchais avec ma mère sur le bord du fleuve et on est passées une fois de plus dans ma rue préférée. Le cégep. Un café. Trois quatre auberges. Deux restos. L'ancien bureau de poste. Des arbres. Un 3 et demi à louer dans une immense maison de briques, une vieille chose bien retapée juste à côté de l'église où j'ai été baptisée. On a pris le numéro de téléphone pour rire, pour savoir combien ça coûtait habiter ici. Ma mère calculait que tout était accessible à pied et par conséquent, je serais très heureuse si j'emménageais dans le quartier. On rêvait.

Je roulais à vélo tout à l'heure et je sentais dans mon ventre les vagues que fait le blé dans le champ. J'aime la verte souplesse des herbes hautes. Une ondée verte. De grands cercles houleux. Quand le blé se met à faire des ronds et à s'agiter comme la mer, c'est qu'il est lourd, donc prêt à être cueilli. La récolte sera belle. Il restera alors plein d'espace dans les champs pour me perdre dans mes rêves de campagne.