mardi 17 juillet 2012

Dans la région



Devant le boulevard, un grand drap blanc recouvre le fleuve et le ciel. Il ne reste que la rive. J'ai décidé de revenir habiter ici. Même si ça finit par prendre dix ans. C'est trop beau. C'est comme si les arbres, les vagues, la sphate, les goélands me criaient par la tête de rester, d'arrêter de faire la folle. Après tout, déménager ici, ce n'est pas comme quitter pour l'Abitibi.

Quand on était là-bas, à Rouyn-Noranda, on se l'est joué easy shot, touriste style. On a marché dans les rues pis sur le bord du lac-dans-la-ville où tu as manqué te planter quatre fois. On a pris des Baby Boby Rhumy, des cafés, des trucs muches aux fraises et au soya. Et qu'est-ce qu'on a dansé. Comme des maudits sauvages. Pendant cinq heures non-stop. Parfois, on allait fumer dehors, ivres de sueur et de vin. On sortait pas longtemps à cause des maringouins sanguinaires (un fléau cette année). Tu m'as garochée dans les airs comme Patrick Swayze avec Bébé. On a inventé des centaines de choré. Des cochonnes et des quétaines à l'os. On était heureux comme des papes. J'étais émue dans ma tête parce que j'avais un feeling gros comme un carré dans l'estomac, un feeling que ce genre d'occasion ne se reproduirait pas avant un osti de boutte. On va tous changer de ville dans les semaines à venir. On va se ramasser écartiller à travers le Québec, voire plus loin encore. En dansant comme une enragée, je me faisais la promesse de conserver un sourire infini dans le creux de mon coeur pour l'équipe Veillet, le Ipod Battle sur le divan, la couverte de Michey, les gros colons de Malartic (alias Malaria), pour chez Bob, pour la synagogue où on peut laver son char, le quartier country.

Maintenant, l'Abitibi me semble plus proche qu'avant. Par la fenêtre, le temps s'est dégagé. Un éclairci  m'agrandit le contour des yeux.