vendredi 22 juin 2012

Dans la voisine




Quand je suis descendue les marches d'escalier ce matin, je me suis dit que quelque chose clochait. Il faut dire que je suis un peu énervée aujourd'hui : la manif, ma fête, la chaleur, la fin de semaine à Saint-Clin-Clin, l'herbe, le soleil et tout son bataclan de sueurs et de transpiration. En retirant le cadenas de mon vélo, j'ai relevé la tête et j'ai vu : une pancarte de signalisation avait été déposée devant la porte de ma voisine. Elle devait encore dormir. Je l'ai vu rentrer chez elle hier avec une 12 de Coors light au bout du bras et une clope au bec. Mais elle, elle a fait semblant de ne pas me voir. Nous n'avons pas un très bon lien elle et moi. Depuis que j'ai aménagée, ça va bientôt faire cinq ans, elle n'a jamais daigné me saluer, ni même me regarder. Face de cuir. Pas de façon. C'est pourquoi, une nuit d'automne, je n'ai pas rechigné deux secondes à caller les flics quand son chum visiblement fêlé du bouchon a essayé de défoncer son appartement pendant son absence. Il frappait comme un déchaîné dans sa porte, puis dans ses fenêtres. Il a même essayé de passer par l'arrière-cour. Il était de toute évidence ou en colère ou juste très con. Empoignant mon cellulaire pour signaler le fucké en question, je me suis dit que ma relation avec ma voisine ne risquait rien dans cette histoire, étant déjà au degré zéro de la complicité. Son mec pouvait bien dormir en taule une nuit pour se raligner les flûtes. Si ça se trouve, elle n'est même pas au courant que j'existe, donc de là à me prêter une quelconque force agissante sur les événements... Elle a dû se dire, quand elle a su que quelqu'un avait fait une plainte aux flics, que c'était l'intervention du Saint-Esprit. Enfin, j'imagine que ma voisine a un nouveau mec et qu'il est du genre à avoir de l'humour celui-là et plutôt que de vouloir défoncer son appartement, il préfère déposer candidement une pancarte de signalisation devant sa porte. Chanceuse, va!