lundi 11 juin 2012

Dans l'inégalité

C'est rendu que des gars se mangent la face sous des viaducs, trop gelés pour s'apercevoir de quoi que ce soit. C'est rendu que j'ai peur de me faire arrêter alors que je marche tranquillement avec des amis dans une manifestation ben ordinaire. C'est rendu que je pleure en montrant des vidéos (les plus softs) d'anti-émeute à Loulou. La larme en bouche, j'essaie de censurer les bouts les plus trashs. Lui, à force, il trouve ça impressionnant. Ça lui fait penser à Harry Potter. Mais mon joli, que je lui explique, la différence entre Harry Potter et les vidéos sur YouTube, c'est la fiction. Dans l'un, les événements sont fictionnels, dans l'autre, c'est la réalité. La vraie. Celle qui donne la chienne. Celle qui fait que ton petit carré rouge, tu ne le porteras jamais sur ton sac-à-dos quand tu roules à vélo parce que dans ta ville de redneck, on pourrait, à cause de ton petit criss de carré rouge, vouloir te passer sur le corps. C'est rendu que Loulou se construit des bases d'antrémeute parce qu'il écoute d'une oreille fascinée le récit de la-fois-où-j'ai-failli-me-faire-arrêter-par-l'anti-émeute. C'est rendu que je pleure à cause de tout ça.

Mais je pleure souvent. Disons-le. Hier, parce que des petits ratons étaient en train de crever, abandonnés par leur mère sur le bord d'une route de l'Île-d'Orléan. Avant hier, parce que ma soeur m'a annoncé qu'un nouveau bébé neuf était en route (ça nous en fait six à gang!). Aujourd'hui, je suis exempte de toutes formes de pleurnichage. Mais peut-être que demain, par exemple, je vais avoir envie de verser une petite cuillerée de chagrin si jamais tu me dis que finalement, c'était juste une histoire de robe. Je serais tellement déçue. Tu peux pas comprendre. Moi, ça me pogne une fois par 4 ans. Pas tout le temps. Juste une fois de temps en temps. C'est comme l'éclipse de Vénus. Quand ça arrive, faut être là. Faut regarder. Enfiler ses plus beaux atours et sortir dans la cour pour espérer voir de quoi de beau arriver. Tu comprends? C'est que j'aimerais vraiment ça. Même si c'est inégal. Même si c'est encore une histoire de Bohémie. Mais peut-être que ça pourrait marcher cette fois-ci. Enfin... j'aimerais ça. C'est tout.