lundi 5 mars 2012

Dans le stéréo

Un petit vide silencieux ronronne au creux de mes côtes. Un silence qui ne crée aucune attente. Rien de comparable à la patience qu'il faut déployer quand tu décides de ne pas répondre à mes messages et que tu te tais. Les grands bruits de matraque et de bottes ont laissé sur leur passage un souffle muet, pris d'impossible. Tu t'es mis à écouter de la musique. Tu as fait glisser le CD dans la fente du stéréo. En remontant une mèche de tes cheveux, tu as humecté tes lèvres pour chanter un peu plus doucement cet air que tu connais trop bien. Le volant s'est mis à se crisper sous tes mains. Dans le rétroviseur, les feux de circulation s'empilent et forment une longue trace de couleurs indivisibles. Avec cette musique qui triture l'atmosphère pesante de l'habitacle, tu espères éprouver le même sentiment qu'Avant, celui où tu te sentais habité, nourri, vivant. Tu entends la musique à retardement. Il manque un temps. Celui qui, Avant, venait naturellement, voilà qu'il ne vient plus. Ce temps-là est en proie à une légère disparition, raconte-on. Tes lèvres te paraissent encore sèches, malgré la salive. Il ne reste que quelques gouttes d'eau au fond de la bouteille coincée dans le porte-verre.