vendredi 30 mars 2012

Dans la rouille



Il pleuvait cette journée-là. Un crachin dominical qui vous glace et s'immisce crûment dans la chair des os. Un dimanche comme il en faut peu dans une vie parce qu'elle serait infernale sinon. Sur le chemin, il y avait toute cette rouille qui saignait sur les colonnes de fer de la ville. Ça saignait sans arrêt. J'y ai mis la main pour faire cesser la déferlante, mais il était trop tard. Ça criait en dedans de partir, d'arrêter, de prendre une bonne respiration, de fuir, de tout crisser là. Quand l'idée est passée dans ma gorge, puis dans mon coeur, j'ai senti que ça se déchirait comme lorsque l'on arrache les dernières peaux d'écorce sur le tronc d'un bouleau. Il y a eu une démangeaison, puis plus rien. Fallait juste prendre une décision. J'ai laissé la rouille coulée sur la peinture blanche et j'ai poursuivi ma route. Quand mes amies m'ont accueillie, j'ai fait un signe de yeux qui voulait dire : «Ça va aller... Inquiétez-vous pas. J'ai fait une femme de moi. Le pire est passé.» Dans le printemps tantôt ruisselant de chaleur, tantôt de glace, j'ai fait une femme de moi. Pour une fois.