mercredi 22 février 2012

Dans la soudure


Tu as atterri sur la porte de mon frigidaire à travers d'autres photos, de vivants celles-là. Toi, avec ta fausse sagesse de seize ans, un peu frust probablement, tu existes pâlement et dangereusement à la fois. Je ne sais plus où te mettre dans ma tête.

Je n'ai pas à te "ranger" à proprement parler. J'imagine que tu sauras te trouver une place parmi les séquelles de ma mémoire. N'empêche... tu as eu de belles funérailles. Si ce n'est que le micro du prêtre s'est interrompu au beau milieu de la cérémonie et que les métaphores de bateau et de coque fusaient de toutes parts. Si bien que je me suis tournée vers A****, le nez rouge, les yeux pneumatiques, pour lui demander si elle pensait que tout cela achevait, si on pouvait en finir avec la cérémonie, avec les larmes, avec les cendres jetées sur l'urne, avec les lampions, avec les chansons à faire gémir. Je n'en pouvais plus. La tête allait m'éclater.

Et puis, cela a pris fin.

On est partis après avoir été embrasser ta mère souriante, zen ou complètement gelée, on ne pouvait se prononcer. On est allés prendre un verre. On a senti qu'on était cruellement en vie, contrairement à toi. On t'a séparée en part égale entre nous, sachant que tu choisirais de te reposer quelque part dans le creux de nos nuques.

On a finalement réussi à faire du beau de ta disparition et de notre tristesse. On s'est dit qu'on resterait les coudes soudés. Les uns aux autres. Et qu'on éviterait les funérailles. Pour un très long temps. En se quittant et en se donnant l'accolade, nos joues m'ont paru bien osseuses. On a perdu en rondeur. On a gagné en saillance. Nos corps s'affutent. Nos esprits aussi suivent cette trajectoire creusée par les blessures.