lundi 30 janvier 2012

Dans l'oubli et ses absences

Walter J. Phillips


Who is it, exactly, you have needed
all these years to forgive?
(Margaret Atwood)

Bob Dylan est dans la télé, avec un harmonica suspendu à ses lèvres minces. Il accorde sa guitare. De lui, il ne me parvient que des images en noir et blanc, des images lointaines, insensées, surannées. Aussi éloignées de moi que le sont les dernières semaines. La saturation en tombant de tout son poids a fait craquer la surface fragile de ma petite nature. La saturation, un peu conne, a aussitôt levé son gros derrière pour s'empresser de constater les dégâts qu'elle avait faits en s'écroulant : il ne restait que des tessons de verre gelé, des cendres, des briques, des planches mortes. La texture des jours s'est métamorphosée : elle est passée de solide à molle et flasque, comme un poisson limoneux qui glisse entre les doigts et se fracasse la queue contre les parois de l'évier. Il ne me reste au bout du compte pour seule compagne qu'une charmante Absence au visage pâle, aux yeux ahuris, l'air de dire : « Hein ?! ». Une Absence bien ronde, les bras ouverts pour accueillir l'oubli et ses fenêtres sales. J'imagine que je saurai gérer les événements avec le temps qui s'amène dans ma direction, à pas tranquille. En attendant, le matin, dans la douche, je pense à ma mère et j'éloigne les tisons encore brûlants qui me picotent le coin des yeux.