mercredi 11 janvier 2012

Dans le rendez-vous manqué



J'ai raté notre rendez-vous. Ma tête partait dans tous les sens et j'en ai oublié le rendez-vous que tu m'avais fixé. On se reprendra. C'est que je pensais à ma dent : j'ai peur qu'elle casse à la racine et que je me retrouve avec un sourire troué. Comme une conne. Comme si je n'avais pas eu d'ortho. Je m'ennuyais aussi. D'habitude, je sais, quand on s'ennuie, on sort. On va voir si le monde est parlable dehors. Mais là, c'est comme si je m'étais laissée bercer par mon ennui. Ma mère fredonnait en me berçant, petite. Lovée contre sa chaude poitrine, je percevais les vibrations de la mélodie contre ma tempe. Ça me reposait et je m'endormais en rêvant que la vie serait facile, toute belle au grand complet.

Maintenant que je ne me suis pas rendue à notre rendez-vous, je me dis que j'ai raté une opportunité. Et que je ne pourrai jamais savoir laquelle. À la place, j'ai flâné de librairie en librairie pour trouver du Victor-Lévy Beaulieu. Et merde ! j'ai été déçue. Il n'y en avait nulle part. Monstrueux point aveugle sur nos tablettes dépoussiérées. Alors, je me suis mis à rêver à la jupe d'Audrey Hepburn dans Vacances romaines. Un costume qui ne peut que susciter l'aventure : se faire couper les cheveux, manger de la crème glacée, conduire une mobylette et foncer dans les gens, dormir chez un journaliste.

Et j'en ai oublié notre rendez-vous. Tu ne me liras plus. Je devrai dorénavant me rendre à toi. Faire des efforts. Je ne pourrai pas implorer Dieu pour me venir en aide comme je le fais souvent quand je souhaite de toutes mes forces que l'autobus attende que je monte pour repartir. Toi, est-ce que tu attendras que je sois rendue à ta hauteur pour repartir ?

Ton épaule de forêt boréale
Chauffe mon humeur suave
Le grand désir de tes adorations
Tu attends
Quelque part
Dans tes sentiers de bout du monde