mardi 13 décembre 2011

Dans la swimming pool de nos âges

On parlait de nos âges dans le cadre de porte. En train de manger des raisins. Je lui expliquais que j'étais trop vieille pour la maladresse et les hésitations des autres. Je lui racontais, dans la suite des choses, que Marie Uguay composait son journal avec une langueur de drama-queen. Elle lyrait et gémissait lentement comme les cordes d'un violoncelle : « Ô si cette lourdeur pouvait être la dernière lourdeur de l'amour et qu'après, cela devienne la seule chose légère au monde. » 

Et dire que tu te pâmais sur ces pages jadis. Et dire que tu étais enivrée par cette distanciation qui se voulait romanesque, poétique jusque dans l'os. Eh oui, tu as raison. Je m'en rends bien compte : il existe une cassure. Merci. La cassure a libéré, en faisant se rompre la ligne du temps, une sorte d'acuité. Sur la brume froide qui embaume le fleuve, s'est jeté un air sec qui fait voir très très loin. Comme par temps clairs : on peut apprécier les lumières tardives des banlieues, les champs tout au fond, puis les montagnes. Les eaux de la piscine offrent aussi ce genre de proximité avec le monde ; on a le nez collé sur l'espace aqueux. Le monde mouillé s'appréhende avec la facilité des matins ensoleillés et des soirées neigeuses.

Tout ça pour dire que la piscine est d'une bienveillance féconde (pareille à cet air, tsé, dans la chanson de Loudon Wainwright, interprété par les soeurs McGarrigle). Malgré les âges. En elle, le coeur immatériel s'agite et crée des embrasements involontaires. Un amour pour les détrempés.