mardi 27 décembre 2011

Dans le gras (couper dans...)



Jusqu'à maintenant, tout va bien. La campagne a enfilé guère plus qu'un mince duvet de neige et on s'attend à ce qu'elle se couvre de sa plus chaude fourrure d'ici quelques heures. Des promesses. Jusqu'à maintenant, tout va bien. On a descendu toutes les bouteilles qui restaient hier. On en a même rachetées d'autres. Juste au cas. D'ailleurs, à la « commission des liqueurs », un des employés a piqué une jasette avec mon père de l'autre côté de la rangée. Conversation traditionnelle qui revient d'année en année. Un classique : «  Pis, des grosses fêtes c't'année ? Ben oui là..., les enfants descendent toutes. Avec les petits-enfants asteure, je te dirais que ça fait une pas pire gang. Ah ouais ?! » Je fais semblant de ne pas écouter : « Ah pis ça (!) c'est ta fille ça ? Oui. C'est ma dernière. Sont toutes rendues à l'Extérieur. Sauf un. »

L'Extérieur. On dirait une sorte de no man's land. Une contrée perdue au-delà de la frontière permise. Un lieu qui existe mais dont on tait le nom et qui englobe tout ce qui se situe de l'autre côté des montagnes. Vers l'Ouest. Je redresse la tête. Fais un de ces sourires qui amincis les lèvres et rehaussent les joues. Un peu fake. Polie. Ce n'est pas vraiment mentir. Dire des mentries, ça me crampe les joues. Elles se tordent autant que si j'allais rire ou que si je venais de croquer dans une tige de rhubarbe. La vérité, quant à elle, est sans effet. Aucune réaction. Ça me laisse toujours les mêmes yeux : un peu trop grands pour moi. Comme s'ils ne m'appartenaient pas. Comme ton chandail de laine trop grand. Comme tes bottes qui me font galocher.

Et puis la discussion à la commission des liqueurs s'est terminé sur de bons sentiments et des poignées de mains d'hommes fiers : amples et robustes. La scène se clôt sur une large claque d'épaules. On dirait des chefs, deux clans voisins venant de signer une entente de partage.

Jusqu'à maintenant, tout va bien. La correction achève (fallait quand même prendre une pause). Les vieux films de famille -- où je suis atrocement gossante -- sont visionnés. Le gras commence à se diluer tranquillement dans mes artères. Et que dire du sucre. Mon livre sur des jumelles siamoises va bon train. Pas de chicane dans la cabane. Des suces (chusses). Des doudous. Des Jack Sparrow. Des Flash McQueen. Des fantômes qui restent muets malgré la tendresse. Des têtes de poupée sans corps (style Chucky) cachées dans mon oreiller. Des rivières qui gèlent tranquillement. Des accolades au Provigo. Des jupes en laine chez la couturière. Des débuts de tempête. Des promesses.