lundi 31 octobre 2011

Dans la possessivité des montagnes


Mon espace intime est balisé comme un territoire privé. J'ai installé une tourelle à chaque extrémité pour délimiter mes lieux personnels. Et ce, depuis toujours. N'entre pas qui veut. Sur un écriteau, quand on passe les premières montagnes, on peut lire : «passez cette ligne, vous trouverez des dragons». Mon paysage, je le défends avec tout ce qu'il comprend : pauvreté,  sourire, solitude, analphabetisme, grandiloquence. Il s'étend de la première montagne que l'on trouve à l'Est jusqu'au fjord. Je préfère y rester isolée, resserrée sur les trois ou quatre personnes qu'on y trouve. La terre ne fait pas que m'appartenir ; je suis elle, elle est moi, fusionnées. Je ne connais pas d'autres façons de vivre un tel paysage. Je reviens me terrer dans mon tipi, loin de ce territoire amoureux. La ville est calme. Les bancs de parc sont vides. Il n'y a pas de bruit. Le dimanche, les gars de la construction se reposent. Mes oreilles aussi. Grâce à dieu.