mardi 13 septembre 2011

Dans les épaules de petits minous

J'attends que mes épaules se décontractent et deviennent lisses comme la fourrure des petits minous qui logent près de chez moi. J'ai tendu la main pour en flatter un, hier matin, mais il s'est écarté, fragile et fébrile à la fois. Pauvre petit minou. Avec ses oreilles plus grosses que sa tête, on dirait qu'il porte un chapeau de fête des deux côtés à la fois. L'immense bol d'eau au milieu de la terrasse doit probablement être la seule attention qu'ils reçoivent. Peut-être ne sont-ils pas encore sevrés même? Pauvres petits minous. Ils ne seront jamais domestiques, trop sauvages pour ça. Il est trop tard pour eux. C'est sûrement mieux ainsi. Ils auraient été malheureux de vivre dans nos maisons chauffées. Ils sont biens là où ils sont. Mes épaules se détendent tranquillement. Reste ma mâchoire et mon front. La musique de Cat Power (un autre petit minou, tiens!) parvient à m'adoucir les tempes et le contour des yeux. Ce n'est pas le rythme qui me ralentit le coeur, mais la voix. Cette voix qui miaule et rugit. Tout à la fois. Comme lorsque ma mère, l'Indienne, lit une histoire à Petit Padawan, dans la cuisine. C'est pareil. C'est la même voix qui me racontait des histoires à moi, Petite Pocahontas, aux tresses encore courtes. La soupe aux boutons, La Princesse qui ne souriait pas, Le Petit pingouin qui n'aimait pas le froid, Donald et la magie. Je l'entends encore : « Âne, petit âne, remue ton oreille! ».