vendredi 9 septembre 2011

Dans le sommeil (el'minou : Emily D.)

If I could n't thank you,
Being just asleep,
You will know I'm trying
With my granite lip !
(Emily D.)

La bouillotte traînant au pied du lit, les bas de laine sur le plancher, le recueil d'Emily Dickinson sur l'oreiller, je ne me souviens plus de m'être endormie. Je me souviens d'avoir lu un peu et d'être tombée sur ce passage de la postface: « La première fois que j'ai lu Dickinson, j'ai eu peur.  » Moi aussi, j'ai déjà eu peur d'elle et des murs qu'elle a fixés tout autour de ses paupières. Mais là, j'ai envie de la prendre entre mes mains et de la regarder comme je regardais, hier soir en rentrant, les petits minous cachés sous une clôture, entre deux foins. Un oeil mouillé et l'autre attendri.

Après ce moment de resouvenance, je me suis levée. La vaisselle sale me triturait l'esprit. La vaisselle sale et bien d'autres choses encore : tes yeux noirs cachés derrière le mur de la polyvalente, les rêves d'enseignante, les cauchemars de gang de rue, les corrections. Avec toutes ces tavelures dans ma tête, je ne pouvais rester couchée plus longtemps. Il y a des jours et des nuits qui ne finissent jamais. Ils se dissolvent dans les mêmes eaux, indistinctement. Ils forment aujourd'hui un grand fondu d'époques heureuses. C'est l'automne dans mes sandales, nues pieds.