samedi 17 septembre 2011

Dans la princesse







Le long de la route se dispersent les sauterelles qui beuglent à tue tête que l'automne est arrivé. Sur les galeries, on entend le pshittt des petites liqueurs de quatre heure, le froissement des sacs de chips. Les chaises berceuses font crac, crac. Les feuilles dans les trembles papillotent au vent. C'est trop beau ici. Une couple de cascades sous mes paupières. C'est trop.

Il n'y a presque plus personne. C'est bien. La route est calme. Moi aussi. Le gars qui fait la circulation dans le bas de la côte me fait patienter en dansant. Impossible de ne pas rire un peu. Un comique. Il bouge les lèvres vers moi, hausse les épaules, paumes vers le haut. Je crois qu'il est désolé de me laisser là à poireauter. Un autre. Faudrait que je lui dise : yo, si tu savais, je suis habituée de niaiser. Grosses crottes sur le coeur. Mais aujourd'hui, je ne niaise pas, je lambine. Je vais nulle part pour n'y faire rien, sauf marcher et regarder. Le corps réduit au minimum : deux jambes, deux yeux. That's it. Le paysage est serein. Les pentes sont abruptes en titi. J'ai presque la chienne.

Et puis vint la rencontre royale : une petite aux tresses enthousiastes ne cesse de gigoter tout le long du chemin qui borde le fleuve pendant que sa mère tente de la prendre en photo. Elle n'écoute personne. J'ai pas envie, bon. Ne fait qu'à sa tête - de linotte.  Regarde maman, c'est une fille. Est-ce que c'est une princesse, elle aussi ? Elle pointe sa baguette dans ma direction. Elle cherche une complice. Quelqu'un de sa race, de haut rang, comme elle. Je lui fais un clin d'oeil et lui envoie la main. Elle plisse les yeux, amusée. Ses parents essaient de la faire avancer, mais elle s'écrase par terre. Y'en a marreeeeeeeee. Les genoux dans le vert-jaunâtre du gazon sec. Finie la promenade royale. Prendre une marche, c'est bon pour les vieux. Elle se met à chialer et à appeler au secours. Geignarde, la voix perchée dans le plus haut lombardier. Une princesse, voyez-vous... Puis son père la prend et la hisse sur ses épaules. Tite fille. Moi ? Une princesse ? Ça fait longtemps que j'ai été détrônée. C'est de ma faute : j'ai quitté le royaume.