mardi 23 août 2011

Dans le pistolet (gun baby gun)

Laisse-moi t'étendre parmi les guirlandes jaunes.
Ce qu'il t'en aura coûté de t'habituer à moi, à mon âme esseulée et sauvage(Neruda)

Je dépose ma montre sur la table de nuit, aux côtés de la photographie de Sainte-Thérèse. On m’a offert cette carte récemment. Au dos, on peut lire : « Sainte-Thérèse, petite fleur, s’il te plaît cueille une rose des jardins du ciel et envoie-la moi avec un message d’amour. » J’hésite à prononcer cette prière, à quémander. Et cela n’a rien à voir avec la foi. Il y a de l’indécence à formuler une requête et à l’adresser à une femme qu’on connaît à peine. Cette sainte-là appartient à l’imaginaire de Grand-mère. J’aurais l’impression de piller du sacré, du vrai sacré, celui qu’on remet rarement en doute. La foi de Grand-mère, contrairement à la mienne, n’était pas teintée de superstition. Elle s’y engouffrait dans un abandon absolu. Confiante. Moi, je n’ai pas ça.
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Cet univers du don est semblable à celui du Petit Padawan. Il est dévoué à ses espérances fictives. Au sortir du lit, avant même d'avoir posé le gros orteil sur le plancher, il se plonge dans l'idéal : il est un agent du FBI. Il s’habille : une chemise blanche, une cravate chic, un pistolet serré dans la poche arrière de son pantalon. Toute la journée durant, il incarne son personnage. Il ne fait pas semblant. Moi, j’ai beau essayer, je n’y arrive pas. Je partage ses jeux, mais je ne peux guère plus que lui servir mon cinéma de mauvaise actrice. Je crois que cela vient d'une de mes dernières baignades. L'eau était plus réelle que les autres fois : c'était une eau d'impoésie. Suite à cela, les chimères s’en sont allées, deux par deux, en rang, tranquillement. Quelques mystères ont suivi la troupe. Tes yeux noirs de matin lasse d'automne ont éveillé mes craintes une à la fois en moins de vingt minutes. Et contrairement à mes souhaits ordinaires, ils ne sont pas même parvenus à franchir la lisière de la nuit. Rare. Le rêve a déserté mes appartements, annonçant une autre de mes grandes épopées. Où loge-t-il donc maintenant, le rêve? Chez toi, peut-être. Nous sommes donc à l'heure des dérangements. Et j'ai faim. Je devrais me verser un bol de céréales pour me remplir la panse d'une autre vie : une vie dans les champs et les fruits.

Sans recourir à la Sainte-Thérèse de Grand-mère, j’ai été exaucée : je suis devenue un territoire primitif. Il y a du bon là-dedans, du neuf et de l'élémentaire.