mercredi 17 août 2011

Dans le coeur scarabé




Quand je regarde les montagnes, je pense à Grand-Mère, je pense à la beauté, au cimetière. En tondant la pelouse, le jardinier a dû trouver mon bouquet chenu, comparé à celui de Mme Pilote du lot d'à côté. En fait, Mme Pilote jouit (si elle peut apprécier quoique ce soit là où elle se trouve) d'un joli carré de pétunias mauves. Grand-Mère se contente (j'imagine) de mon bouquet élaboré en cours de route avec les fleurs des champs trouvés dans le talus et les fruits rouges arrachés aux arbres. J'y ai mis toutes mes intuitions esthétiques : des couleurs complémentaires disposées selon différents volumes. En redescendant la côte du cimetière, j'ai souri à la vue du paysage, rassurée et contente que j'étais pour les morts : au loin, les montagnes, plus près les champs verts foncés, verts pâles, jaunâtres. Géométries variables. Le cimetière est situé sur une haute colline qui surplombe la vallée et le fleuve à la fois.Voilà un bel endroit pour mourir, du moins pour y vivre sa mort en paix. Pourquoi mourir ailleurs que chez soi.

Quand je regarde les montagnes, puis le bord de la route, je m'étonne toujours : les champs de blés blonds conservent leur lumière même la brunante venue. Je lève le son du radio. Vanessa Paradis a mon coeur entre les dents, on dirait. Si à cet instant exact et parfait mon coeur avait une voix, je crois qu'elle serait aussi menue que celle de Vanessa Paradis. Pas un kilo de plus. Vous ne pourriez rien lui soustraire, sauf des airs sans paroles.* À l'entendre, mon coeur, vous croiriez à une chaude averse chutant avec la délicatesse d'une main de vieille femme, une pluie tombant pareillement sur le capuchon de votre imperméable, sur la tête frêle de l'écureil, sur les eaux droites du lac, entre les branches d'un épinette. Mon coeur ferait le même son qu'une chaude averse parce qu'il se confond avec la joie muette des montagnes et des cimetières. Mon coeur est un scarabé. Il jardine son petit lot de quelques centimètres carrés. Il prépare le terrain pour d'autres jours heureux encore.

*Hormis peut-être celles-là : Parfois on regarde les choses telles qu'elles sont en se demandant pourquoi. Parfois on les regarde telles qu'elles pourraient être en disant pourquoi pas. ("Il y a", V. P.)