samedi 20 août 2011

Dans le champ de blé



Là où je me tiens exactement, il y a des balançoires, des tape-culs, des glissoires, des filets dans lesquels grimper. La cigale fignole un air qui ressemble davantage au crépitement d'une ampoule qu'à un chant, là-bas derrière, dissimulée dans le sable chaud. J'élance les jambes très haut, puis les ramène. La balançoire monte, descend. Mes cuisses sont un peu à l'étroit. "Grande biche, tu as trop grandit", dirait ma mère l'Indienne. J'ose jeter un oeil par-dessus mon épaule. À côté, une poutre de bois s'avance dans le vide. On y a attaché un filet dans lequel on peut grimper. Ce fut ta potence, un matin de septembre. Tu en avais plein ton casque. La vie. L'enfer. Tout pareil au bout du compte.

Je peux imaginer : tu t'es laissé tomber de la plate-forme tout en haut du filet, ayant d'abord pris soin de nouer la corde à la poutre. Te voilà affairé, dans ta scène de crime personnel, dans tes lieux de fin du monde. Me voilà dévouée, dans une adhésion de toi, le visage amoureux. Mes yeux aujourd'hui ouverts à ta souffrance d'enclume, à ta paupière sombre de balafré.

J'élance les jambes très haut, puis les ramène. En face de nous, le champ. Il a aligné des centaines de tiges jaune or et dans chacune de ces tiges, s'empilent, je le crois férocement, tes humeurs bienveillantes d'homme à jamais suspendu dans un matin de soleil trop mûr.