mardi 9 août 2011

Dans le cérémonial

ton corps perlé fou
embué triste
ne suis qu'une azimut au plancher
(Josée Yvon, Filles-missiles)

Comme me dit ma mère l'Indienne : « Pocahontas, tu dois faire de la place pour accueillir le monde. » Oui, maman. Alors, j'ai tranquillement préparé mon exil rêvé, bucolique jusque dans le roc. J'ai disposé des essaims de couleur tout autour de mes doigts, comme mille bagues de mariages à venir, pour atteindre l'onde suave de ma convoitise. Il est puissant, mon désir, il est aussi solide que le fer du pont de l'Île-d'Orléan. C'est mon centre dur dur sur lequel je me hisse, tous les soirs avant de dormir, pour regarder à travers la vitre étrange du territoire. Le jour venu, j'enfilerai soigneusement ma robe rouge, que je lisserai avec mes paumes à la hauteur des hanches. J'ajusterai ma taille ceinte, puis les manches. Plantée, avec mon air de blé cru, je prendrai ma petite valise par la poignée et je la porterai jusque chez moi, dans des lieux inhabitables, dans des recommencements sauvages. Toutes les saisons, je partirai. Aussi éperdue qu'une obsession, je reviendrai, reconnaissante du chemin entamé.