jeudi 18 août 2011

Dans la visite


La vallée se décline dans des teintes de coquillage et de sable à cette heure et c'est à cette heure justement que je choisis de tracer mon chemin croix. Je marche dans la rue. Tout au long du trajet, des faces de visages souriants ayant assisté de près ou de loin à l'atteinte de ma pleine grosseur. C'est d'ailleurs parce qu'ils savent d'où je viens que récemment l'un d'entre eux s'est exclamé, incrédule, en m'apercevant faire du jogging : È rendue folle tabarnack

Et pis? Y a rien là. Rien de plus normal que de se traiter de fou, de sacrer, de fumer dans le poêle à bois et de manger des petits gâteaux en boîte après le repas. C'est normal. Et tout cela relève, non pas d'une crudité brutale, mais d'une forme de bonté : un coeur avec ses lourdeurs, un tapis sans fleurs où les pieds n'ont pas la possibilité de s'enfarger. Quand on entre dans ces maisons-là, on se raconte les nouvelles de la journée (les faits divers, juste ça); on se questionne et on se répond : T'étais où cet après-midi quand je suis passé, ton char était pas dans le parking? À plage, pourquoi?; on parle de la mort debout dans le cadre de porte; quand on quitte, on se reconduit au-delà de l'entrée, on se rend jusque sur la galerie, dehors, pour raccompagner l'autre; on ne se fait jamais la bise; finalement, on finit par se laisser après de longues minutes à chouenner encore de plus bel, renouvellant à l'infini la conversation. Tu reviendras, on n'est pas sorteux.

Et c'est vrai qu'on revient. Naturellement. Parce que c'est chaud comme du pain chaud. Parce que ça fait ronronner, une telle matrice. Parce qu'il y a toujours quelqu'un à quelque part, assis dans sa cuisine, qui attend de la visite, qui attend qu'on rentre sans cogner, ou presque, sincère et content de lancer un : Rentre, rentre, cogne pas, viens t'assir. C'est comme ça et pas autrement dans la vallée où j'ai atteint ma pleine grosseur. On prend des petites liqueurs et on partage ses cigarettes.